Guinée : les accidents en chiffres par le directeur central de la...

Guinée : les accidents en chiffres par le directeur central de la police routière (Interview)

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Babacar Sarr DC police routière

Conakry, le 8 Juillet 2017 – La tâche est particulièrement lourde pour le département de la sécurité routière en République de Guinée où le réseau national est fait de pistes, et où l’incivisme des usagers provoque des bouchons gigantesques dans les rues fortement dégradées de la capitale. Pour en parler, la Cellule de Communication du Gouvernement reçoit Babacar Sarr, Directeur Central de la Police Routière.

Bonjour Monsieur Sarr ! Comment fonctionne la Police routière dont vous êtes le directeur Central en République de Guinée?

La direction centrale de la sécurité routière est une unité spécialisée de la direction générale de la police nationale dont la mission est de contrôler et coordonner les activités des services de police dans le domaine de la circulation ; Elle veille au maintien de la bonne conduite dans la circulation, pour en assurer la fluidité, en sécurisant les personnes et les biens.

Au point de vue fonctionnement, il y a un adjoint, un directeur central adjoint et trois dirigeants, dont chacun a au moins 3 à 4 sections : il y a la division de la prévention, la division chargée de la police judiciaire statistique et du fichier des incidents, il y a la division chargée des moyens et au sein de cette même direction, il y a des démembrements. C’est à dire 7 commissariats spéciaux à Conakry, et 11 autres à l’intérieur du pays. Dans les 7 commissariats spéciaux qui se trouvent à Conakry, nous avons Kaloum, Matam, Dixinn, Matoto, Bambeto, et Sonfonia. A l’intérieur du pays, nous avons : Siguiri, Kankan, Mamou, Kindia, Guéckédou, N’Zérékoré, Faranah, Kissidougou, et ceux qui vont être créés également à Mandiana, Lola, Kamsar et Sangarédi. Voilà en quelques mots, le schéma de fonctionnement de la sécurité routière qui comprend également une brigade mobile nationale, relevant de la division prévention, et un service chargé du contrôle général des services de sécurité routière.

Voilà une description sommaire du fonctionnement de la direction centrale.

Quels sont, globalement, les problèmes posés en Guinée à la sécurité routière?

La problématique de la sécurité routière, est parfaitement connue ; Elle se situe à trois niveaux :
– les hommes,
– les routes,
– et les véhicules.

Ces aspects sont coordonnés et représentés par une seule personne car, tout relève et aboutit à l’homme qui réalise les routes et les infrastructures, fabrique les véhicules dont il est en fin de compte l’usager exclusif or, c’est encore lui qui pose les diagnostics… etc.

Les problématiques Guinéennes sont agrémentées par la particularité des sens de la circulation à la capitale : en effet, tout le monde ‘’converge’’ par les grands axes vers l’entrée de Kaloum chaque matin, et inversement, la vague reflue vers la banlieue (et la province) après 15 heures… ! L’explication étant que Conakry est une presqu’île dont Kaloum, à la pointe extrême, concentre tous les Services (Ministères, centres d’affaires, administrations, etc.) ! Dans cette configuration, on mesure toutes les difficultés pour gérer la circulation d’une vague de plus de cinq mille véhicules par heure sur à peine trois axes sans signalisation, convergeant vers un passage unique pour accéder au cœur de la capitale au-delà de laquelle commence l’Atlantique. Ajoutons à tout cela le facteur climatique exceptionnel en hivernage sur des voies non sécurisées où des chauffards inconscients se distinguent toute l’année par l’incivisme de leurs comportements et une ignorance complète du code de la route et, en l’absence de tout marquage, des files anarchiques provoquent constamment des accidents qui ajoutent aux bouchons et aux embarras permanents de la circulation à toutes heures et en tous lieux et pour compléter ce constat d’apocalypse, il est très important de souligner le délabrement du parc automobile truffé d’épaves polluantes rejetant des fumées toxiques nocives pour l’environnement et les populations. Or, ce parc de véhicules vétustes jamais soumis au moindre contrôle technique, grossit tous les jours, à tel point que des hordes de motards, désormais affectés à pallier l’absence de tout transport public dans toute l’agglomération de Conakry, se substituent aux taxis englués dans les embouteillages permanents évoqués ci-dessus, et il n’est pas rare de compter parfois 3 ou 4 personnes (adultes et enfants sans casques), en grappes sur une même moto exposée aux accidents.

D’autres problématiques sont également les encombrements de la voie publique, aussi bien par des gares routières et d’innombrables petits garages (véritables cimetières d’engins), que par le vagabondage d’animaux, disputant la chaussée à une foule bigarrée de piétons dont des élèves des nombreuses écoles implantées tout au long de ces artères qui irriguent la presqu’île d’Est en Ouest, reliées par quelques transversales plutôt récentes, mais déjà encombrées par les habituelles occupations anarchiques d’étalagistes qui refusent d’intégrer les marchés.

En plus de ces grands axes linéaires, il faut créer des routes dans les quartiers tous les 300 à 500m, ainsi que des bretelles d’accès aux différents quartiers. Sur des segments de routes comme par exemple entre Bambeto et Cosa, l’usager n’a aucune possibilité d’accéder ou de sortir de la circulation entre deux ronds-points distants de plusieurs kilomètres.

Reconnaissons également un énième aspect (des plus importants) des problèmes posés par les mauvais comportements des conducteurs, causant fréquemment 90% des accidents graves car, en effet, 10% sont imputables à l’état des routes et 20% à la vétusté des véhicules.

Lorsque dernièrement nous avons fait les bilans de l’accident survenu à Dubréka, nous avons constaté qu’on avait entassé 54 personnes dans un véhicule de 20 places ! D’où cette hécatombe de plusieurs dizaines de morts or, j’ai toujours affirmé qu’avant l’intervention de la police ou de la gendarmerie, le chauffeur et les passagers doivent eux-mêmes veiller à la sécurité.

Nous déplorons régulièrement aussi, les accidents graves, causés par des jeunes, avec l’irresponsabilité évidente des parents et des familles dont l’autorité est totalement bafouée de nos jours.

En début d’année, vous vous êtes fixé l’objectif, d’inverser la course des accidents de la circulation pour l’année 2017 mais en dépit de cette volonté affichée, le pays est régulièrement endeuillé. Comment comptez-vous parvenir aux résultats escomptés pour la fin de cette année ?

Il s’agit plutôt de la décennie 2011-2020 ! Les recommandations de l’OMS, sont à la baisse de la fréquence des accidents sur la décennie, tout comme l’ensemble d’autres maux qui rongent notre pays et ses populations (sida, paludisme, etc.) dont on a remarqué qu’ils tuent bien moins que les accidents de la route. Pour la décennie 2011-2020, la réduction du taux d’accident est prônée par tous les pays en coordination avec l’OMS. Et pour cette réduction, des conditionnalités ont été envisagées : création d’une agence de sécurité routière, qui gèrera tous les aspects … jusqu’au port du casque pour les motards et la ceinture de sécurité en voiture !

Il s’agit donc en Guinée de la mise en place d’une politique nationale de la sécurité routière qui fera ressortir le code de la route pour tous les usagers, en faisant appel aux partenaires du terrain (syndicats, ONG, organisations religieuses, sportives…), pour une sensibilisation très forte et une éducation très efficace, en ne négligeant pas la coercition pour les plus réfractaires à l’ordre et à la discipline car, le guinéen, de nos jours, se croit tout permis.

Depuis le 15 Mai, vous livrez bataille contre la circulation pendant la journée, des gros porteurs, considérés comme les provocateurs ou auteurs de la moitié des accidents de la circulation. Quelles sont les mesures envisagées pour faire respecter la décision du ministère de la Sécurité et de la Protection Civile?

Ce n’est pas une interdiction ! C’est plutôt une restriction dans la circulation des gros porteurs dans la commune de Kaloum. Comme signalé plus haut, il n’y a que trois routes à Kaloum : deux pour l’accès et une pour la sortie, et inversement selon les moments de la journée. Et lorsque dans ces moments, la circulation est confrontée à près de 3000 camions remorques chargés, et autres citernes de carburant entrant ou sortant du port, ce sont les embouteillages incontournables du matin jusqu’à très tard dans la nuit.

Donc, nous suivons le nouveau plan de circulation suivant :

– de 6h45 à 10h, cette tranche est réservée aux travailleurs allant dans le sens banlieue vers Kaloum ; -la tranche de 10h30 à 15h30, consacrée à la sortie des camions de la ville vers la Banlieue et la province.

– la rentrée des camions vides dans la ville, est prévue pour 21h mais là aussi il faudrait que ces camions soient munis d’un bon d’embarquement. Il faut rappeler que nos usines de ciment se trouvent dans une zone voisine de Kagbèlè, vers Dubréka et Coyah.

Les magasins ne peuvent pas travailler la nuit car tout le monde accuse l’obscurité et les insécurités ; il est donc difficile pour les camions munis d’autorisations, de déposer de nuit les marchandises dans les différents magasins. Ce volet concerne également les camions de sable, qui ravitaillent l’agglomération de Conakry qui est en chantier avec de nombreuses sociétés de travaux publics. Récemment, ce sont des camions de chantiers qui étaient en cause dans les accidents de Dubréka. La restriction est donc circonscrite à Kaloum mais ailleurs en banlieue, les camions qui déchargent ne doivent pas bouger avant 21h et il est interdit aux chauffeurs de garer ou abandonner leurs camions au bord des routes en des lieux non prévus pour les stationnements. Ce sont donc certaines des nouvelles dispositions mises en place.

Nous sommes au milieu de l’année, peut-on avoir un bilan exhaustif des accidents de la circulation enregistrés dans notre pays?

Commissaire SARR : Oui !!! Si je ne m’abuse, les 6 dernières années, de 2010 à 2015 ont enregistré plus de 21.159 cas d’accidents pour 1693 personnes tuées, et 5666 blessés graves.

En 2016, il y a eu environ 4000 accidents, pour 248 personnes tuées. Pour les trois premiers mois de cette année, nous avons enregistré 654 cas d’accident pour 93 personnes tuées.

Des mesures sont en cours dans les villes à travers le pays. Les sensibilisations (sur le code de la route), des usagers s’étendent jusqu’au port de casque pour les motards.

Le manque de contrôle technique des véhicules n’est pas à négliger dans les causes d’accidents. Pour terminer cet entretien, que prévoyez-vous dans ce sens d’ici la fin de l’année?

Un opérateur (SIMIC) est depuis peu, autorisé par le gouvernement pour l’ouverture de centres de visites techniques à l’intérieur du pays et dans toutes les communes de Conakry. Lors de nos différentes réunions, il a participé et donné son point de vue sur la problématique et d’ici la fin de l’année, l’ouverture des centres de visite technique sera effective.

Je vous remercie.

Cellule de communication du gouvernement

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