Guinée : « A quoi servent nos députés? » (Lettre ouverte d’un citoyen)

Guinée : « A quoi servent nos députés? » (Lettre ouverte d’un citoyen)

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Conakry, Guinée : Les nouvelles sur les avantages que s’offrent les députés agitent les médias sociaux. Les citoyens font de ce sujet leurs choux gras. Le citoyen Mohamed Doumbouya « Moh »s’interroge, dans une missive, à propos de l’utilité de députés guinéens dans un pays où la majorité de la population croupit sous le poids d’une misère noire. Ouvrez sa lettre et lisez son indignation.

Lettre Citoyenne
Conakry le 23 Juin 2016

Il n’y a pas très longtemps, j’ai demandé à un député de quoi il était le plus fier dans sa jeune carrière, il me regarde avec un sourire qui annonce une réponse maitrisée, puis se bloque comme sans mots avant de s’empresser dans un autre pan de la discussion qu’on menait sur l’indifférence des députés à l’égard des souffrances des populations.

Ce mutisme face à cette simple question qui devrait conforter n’importe quel politicien pour faire une hyperbole des actions qu’il mène sur le terrain, m’a amené à me poser une question plus générale : A quoi servent nos députés en Guinée?

Je suis de Matoto, l’une des plus grandes circonscriptions du pays, reconnu assez actif dans le monde associatif aussi bien dans la Commune que dans la Ville de Conakry, mais pas une fois je n’ai rencontré mon député, à vrai dire sans recherches je ne saurais même pas dire son nom. Je suis certain que nous sommes des millions de guinéens dans ce cas.

En effet, Il n’existe pas de cadre de concertation établi pour que cet élu du peuple vienne consulter sa circonscription. S’il a acquis une légitimité réelle de par son élection aux dernières législatives, avec quelle pertinence, sur quelles bases ce député saura proposer une loi ou s’opposer à une autre afin que ces actions soient à la faveur du peuple qu’il représente ? Existe-t-il d’autres inspirations à ces positions que celles de la ligne du parti ou encore d’un intérêt conditionné?

« On s’inquiète des privilèges incompréhensibles que les députés s’autorisent dans les nouveaux textes. »

Sachant la position des partis en Guinée, qui en aucun cas ne semblent donner la primauté au pays et sa population devant leur faim de pouvoir, nous pourrons affirmer avec certitude que toute loi proposée par un parti qui n’a aucun lien avec la communauté, viendra politiquement orientée quelle que soit son importance sociale.

Des intérêts conditionnés, personnels ou égoïstes, sont d’entrée de jeu, contraires à tous les principes qui doivent régir la vie publique. Car une personne qui s’est engagée à défendre la communauté, et s’est faite élire pour cela, n’a d’autres attributions que la satisfaction de l’intérêt général. Toute action contrevenant fera tache à sa crédibilité, par conséquent doit être sanctionnée dès les échéances suivantes par une population alertée de la supercherie, sinon par des actions de revendication ponctuelles.

C’est de là que prenant connaissance de l’adoption prochaine du règlement intérieur de l’Assemblée Nationale, on s’inquiète des privilèges incompréhensibles que les députés s’autorisent dans les nouveaux textes.
Comme c’est impitoyable ! Comme si cela ne suffisait pas avec la flopée de ministres sévissant, voilà que les députés se mettent à réclamer de vivre sur le dos des populations, pour leur donner quoi en retour ?

« Ils se sont montrés au grand jour, un système intéressé par sucer le sang d’un peuple sans recours officiel, s’en remet aux fragiles desseins de la fatalité. »

Cependant, comme de nos malheurs il faut faire des tremplins pour rebondir en avant, voilà une occasion opportune, pour notre nouvelle jeunesse de découvrir si elle en doutait jusque-là, que n’existe pas en Guinée un problème d’ethnie, quand on les confond aux partis politiques comme eux-mêmes ont fini par en convaincre l’opinion et la société civile formelle, en Guinée.

C’est une nouvelle occasion de comprendre qu’au lieu d’opposer la trentaine d’ethnie, ce qui existe certainement, ce sont deux camps dont les disparités, insoucieusement entretenues, conduiront à un affrontement idéologique, voir existentiel. Deux systèmes fatalement opposés : Un système et le peuple.

Des différentes lectures effectuées sur les réseaux sociaux, on aperçoit une jeunesse piquée des injustices chaque jour croissant qui veulent prendre lois en Guinée. Ces injustices perpétrées par les mêmes, qui en plein soleil nous faisaient croire qu’ils étaient opposés, pendant que la nuit se retrouvaient pour manigancer contre la jeunesse, contre le peuple.

Aujourd’hui, à travers ces textes, ils se sont montrés au grand jour, un système intéressé par sucer le sang d’un peuple sans recours officiel, s’en remet aux fragiles desseins de la fatalité.
Aujourd’hui, est une occasion pour la nouvelle jeunesse consciente de s’affirmer en montant au créneau et être la voix du peuple, un recours spontané mais pertinent contre toutes les injustices que le système continue à proférer, le système est le seul opposant à l’émergence du Peuple de Guinée.

En attendant 2018 et 2020, nos barrières vont désormais s’ériger contre leurs outrages, les mettre en face de leurs actions, obstacles à notre émergence, responsables de la léthargie économique, de l’instabilité sociale, et de la désorientation politique dans lesquelles nous vivons tous les jours.

Le système n’a que trop duré, mais doit prendre conscience que maintenant la Jeunesse désormais alerte, a compris. Les Jeunes ont compris et sont prêts à mener le peuple partout où sa dignité s’acquiert. Contre vous le système, mouvance, opposition, et même la société civile et les jeunes qui vivent à vos crochets.

Désormais nous impulsons de nouvelles dynamiques où ethnie, sexe, origine, compétence, engagement font notre richesse. Trop c’est trop.
Chaque jour c’est un nouvel épisode d’une série d’abus et d’insouciances dont les résultats catastrophiques se constatent dans les larmes retenues de nos mamans, dans les hontes cachées de nos papas, dans les confiances entamées de la jeunesse, sur nos bilans de santé, dans l’insalubrité de nos marchés, dans l’insécurité de nos rues, dans les longues files de nos embouteillages, dans les nids de poules de nos routes quand elles sont faites, dans les interventions légères de nos dirigeants, dans les produits toxiques dont on s’alimente. Le guinéen souffre. Vous le Système permettez cela, Nous le Peuple souhaitons y remédier

Nous vivons dans un pays classé dans les derniers pelotons où il fait mauvais vivre quand on est femme ou enfant, respectivement 5eme et 10eme. Vous le Système permettez cela, Nous le Peuple souhaitons y remédier

Nous vivons dans une presqu’île, où bientôt nous ne pourrons plus respirer, nous pauvres, encore moins nous recréer. Les corniches et bords de mer sont officiellement propriétés des riches et des expatriés. Vous le Système permettez cela, Nous le Peuple souhaitons y remédier.

A ce grand carrefour de la Conscience, un choix se propose à nous, demeurer dans un pompeux agenda en verre, ou rattraper la bonne marche de l’histoire d’une Guinée qui se grave dans le Fer.
Quoi qu’il en soit le Peuple, car nous sommes plus nombreux et plus patriotes, survivra au Système.

Mohamed Doumbouya
#Tanènè

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