Interview : « la situation en matière d’électricité est désastreuse » ( L’opposant Fodé...

Interview : « la situation en matière d’électricité est désastreuse » ( L’opposant Fodé Oussou »

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Conakry, Guinée : Dr Fodé Oussou  Fofana, président du groupe parlementaire d’opposition dénommée ‘’Libéral démocrate’’ à l’assemblée nationale, ne fait pas aucun cadeau à la gouvernance du président Alpha Condé. Lisez cette interview  !

Guineetime.com : Nous avons appris que certains députés qui s’absentent lors des  plénières se sont vus couper un certain montant dans leurs émoluments. Est-ce que vous confirmez?

Fodé Oussou Fofana: Je n’ai pas encore eu de plainte au niveau de mon groupe parlementaire, mais la décision a été prise au niveau du bureau de l’Assemblée nationale. Vous savez, nous sommes en session des lois, les députés ont l’obligation d’être présents en plénière.  La décision a été prise au niveau du bureau de l’assemblée nationale pour exiger que la présence des députés soit effective. Un député qui s’absente sans justificatif pourra  certainement se voir couper  ses primes de session. Mais, ce n’est pas le cas pour mon groupe parlementaire,  libéral démocrate.

Nous sommes toujours présents. Tous ceux qui s’absentent prennent la précaution de m’écrire en tant que président du groupe parlementaire pour m’en informer. Cela veut dire que toutes les absences au niveau de mon groupe sont justifiées. Donc, il est hors de question que ses députés soient coupés, parce que nous essayons de travailler dans les règles de l’art.

Voulez-vous dire que les députés du groupe parlementaire  libéral démocrate ne sont pas concernés par cette décision?

Ça ne peut pas les  concerner parce que les députés de mon groupe parlementaire prennent toujours la précaution de m’informer en cas de maladie ou autre cas de force majeure.

A mon tour, j’informe le bureau de l’Assemblée nationale du motif de leur absence. Donc, nous sommes un groupe organisé d’une quarantaine de députés, mais  qui sont vraiment responsables. Ils savent pourquoi ils sont là, ils travaillent dans les commissions, l’inter commission. Ils viennent régulièrement au niveau de ce bureau. Vous voyez, moi-même je suis là depuis 8 heures du matin, beaucoup d’autres  députés étaient là. On était en train de travailler.  Je suis convaincu que si on coupe les primes, les députés du groupe parlementaire libéral démocrate ne seront  pas concernés. Parce qu’ils sont assidus et ils travaillent normalement.

Quelle appréciation faites-vous de la gouvernance sous le second mandat du Pr Alpha Condé ? 

 C’est une gouvernance hasardeuse ! Le deuxième mandat est à l’image du premier. J’ai l’impression que M. Alpha Condé a perdu complètement le contrôle de sa gouvernance. Nous sommes dans une situation compliquée dans tous les domaines. Un président de la République qui passe tout son temps à faire des promesses qu’il ne tient pas.

Regardez la situation en matière d’électricité, c’est  complètement désastreux. Il y a des réactions dans tous les quartiers. Surtout lors de la finale de la ligue des champions, en pleine saison de pluie il n’y a pas d’électricité à Conakry.

Le sac de  riz qui se négociait à  280 mille francs guinéens, se vend aujourd’hui à 290 mille.  Il y en a qui vendent à 300 mille. Si vous voyez le réseau inter urbain Conakry-Kindia, c’est complètement dégradé. C’est pendant cette saison des pluies qu’ils commencent à travailler. Si vous voyez, la route de l’intérieur du pays pour aller en Haute Guinée, les gens sont obligés de quitter Conakry prendre l’avion aller à Bamako, honnêtement le bilan de M. Alpha Condé est un bilan catastrophique. Je pense qu’il va être classé comme étant le plus mauvais président que la Guinée n’a jamais eu.

Et pourtant, selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI), la Guinée pourrait franchir la barre de 6,7% en termes de croissance économique. N’est-ce pas une performance à louer?

 Il ne peut pas y avoir de croissance économique dans un pays ou les règles de jeu ne sont pas respectées.   Il ne peut pas y avoir de croissance économique dans un pays, qui fonctionne avec des marchés de gré à gré. Où le président de la cour des comptes est l’ancien ministre des finances. Il ne peut y avoir de prévisions  à la hausse dans un pays où  la monnaie ne fait que se dévaloriser.

Vous contestez donc ces chiffres du FMI ?

 Non, écoutez !  Vous savez, il y a la macro économie.  Des chiffres qui sont donnés sont des prévisions. Mais, ces prévisions là ne seront respectées que lorsque la gouvernance est respectée. Les deux vont ensemble. Si vous respectez la bonne gouvernance, vous êtes sur le chemin. Vous respectez l’octroi des marchés, vous maîtrisez l’inflation… Mais dans un pays où il n’y a pas d’Etat, où il y a une insécurité totale et où personne ne sait où on va… Vous avez vu un peu ?

Aujourd’hui, il y a des familles qui ne peuvent pas manger deux repas par jour. On n’avait jamais connu ça !  C’est de la misère. Si vous prenez l’exemple de l’insécurité, voyez-vous comment ça se passe ?

Les populations font la loi dans la rue, les enfants brûlent des pneus en longueur de journée. On assassine les gens. Parce que la population n’a plus confiance en la justice.

On est dans un pays où les ministres n’ont pas de contrôle sur leur département. Parce que tout simplement, les directeurs nationaux, secrétaires généraux, les chefs de cabinet, les inspecteurs, les cadres des   ministères sont des militants du RPG-Arc-en-Ciel. Ils n’ont aucun respect pour les ministres. Et les 80% des ministres ne sont pas parvenus à renouveler leur cabinet.

Depuis que le président Alpha Condé est au pouvoir, certains ministères n’ont jamais renouveler leurs cabinets.  Il y a des cadres qui occupent le même poste depuis sept (7) ans. Ce n’est pas parce qu’ils sont compétents. C’est tout simplement parce qu’ils sont des militants du RPG-arc-en-ciel.  Quand une gouvernance est comme cela,  c’est une gouvernance nulle, hasardeuse qui nous amène dans le trou.

Revenons un peu sur cette question qui fâche. C’est à dire l’’allocation d’un budget constitutionnellement reconnu au chef de fil de l’opposition guinéenne. Vous vous souviendrez que ce budget a suscité un tollé indescriptible au sein de l’opposition. Il y en  a qui estiment que ce n’est pas seulement destiné au chef de fil de l’opposition en tant tel. Mais que c’est l’ensemble de l’opposition. En tant que vice-président de l’UFDG, quelle perception en faites-vous ?

L’opposition guinéenne n’a jamais été unie comme aujourd’hui. C’est une opposition qui a un seul objectif : contraindre monsieur Alpha Condé d’organiser les élections. Si ce n’est pas fait, après le mois de ramadan, nous allons commencer les manifestations de rue.

Maintenant, un budget d’une institution octroyé à une institution ; c’est le plus petit budget à une institution. Je tiens à rappeler qu’il y a beaucoup d’institutions. Toutes ces institutions sont dotées de budget. Le chef de file de l’opposition est une institution conformément à une loi votée à l’Assemblée nationale.

Quand le budget est accordé au chef de file de l’opposition en tant qu’institution, c’est tout à fait normal au même titre que toutes les autres institutions. Maintenant, il est de la responsabilité du chef de file de l’opposition de voir comment harmoniser les positions par rapport à ça. Mais, nous n’avons pas pour objectif de nous réunir pour partager l’argent. Notre objectif, c’est de nous battre pour changer cette gouvernance là. Donc, on ne rentre pas dans les débats de caniveau.

Ceux qui ont pensé que l’opposition allait éclater sont en train de rêver. Cette opposition est une opposition responsable. Quand je dis opposition, ce sont ceux qui s’opposent à la gouvernance de monsieur Alpha Condé.

Ce qui a surtout heurté la sensibilité des citoyens guinéens, c’est le montant de cinq (5) milliards comme budget du chef de file de l’opposition. Pendant que la population végète dans la misère. Une  situation  que l’opposition elle-même dénonce tous les jours?

Prenez le budget de l’Etat, vous cherchez d’abord à savoir ce que c’est qu’une institution. A commencer par le budget du Chef de l’Etat. La présidence est une institution. Regardez le budget de l’Assemblée nationale, celui de la Cour des comptes…le budget le plus petit c’est celui du chef du chef de file de l’opposition. Le budget de monsieur Alpha Condé c’est plus d’un milliard de francs guinéens par jour. Il reste entendu que ce n’est pas le budget d’une institution qui va sortir la population de la misère et la précarité.

Vous avez vu la grande mosquée Fayçal, l’eau coule à l’intérieur. Allez-y à l’hôpital Donka, vous verrez  des malades dans les conditions difficiles. Quand vous allez dans les villages, vous verrez des gens qui ne peuvent pas manger deux fois par jour. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’argent dans ce pays. C’est parce que nous avons à faire à un gouvernement qui ne sait absolument rien faire. Monsieur Alpha Condé a reçu 700 millions de dollars de Rio Tinto. Aujourd’hui, on n’a ni 700 millions de dollars ni Rio Tinto. Toutes les entreprises minières sont reparties. Ça nous a fait perdre beaucoup d’emplois. Tous ceux qui travaillaient à Rio Tinto sont aujourd’hui au chômage. Ceux qui sortent des universités ne trouvent pas de l’emploi. La presse n’est pas aidée. Elle se bat comme elle peut. Regardez comment la subvention qui est accordée à la presse est repartie. Des difficultés qu’il y a pour rentrer en possession  de cette subvention.

Voyez aujourd’hui la misère dans laquelle se trouvent tous ceux qui ont aidé ce pays. Les anciennes gloires du football guinéen, les artistes. Ils sont dans la misère totale. Voilà les problèmes réels de ce pays. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas riche. C’est parce que nous avons des gens qui ne savent absolument rien faire. Parce que monsieur Alpha Condé aime tout ce qui est médiocre. Il ne s’entourera jamais de bons cadres, mais plutôt des médiocres.

Revenons un peu sur les dysfonctionnement que vous dénoncez au niveau de l’Assemblée nationale.   Mais puisque vous y êtes toujours, et que vous vous contentez des dénonciations par voie de presse, est-ce qu’un jour vous ne serez pas comptable devant l’Histoire de ces mêmes dysfonctionnements?

Au fait, c’est comme si on n’avait jamais quitté l’hémicycle. Nous avons déjà quitté. Qu’est-ce que vous avez dit quand on a quitté ? On nous a dit qu’il ne fallait pas quitter. Aujourd’hui, nous n’avons pas la majorité. Ce que nous pouvons faire c’est de dénoncer, attirer l’attention des populations et les obliger à travailler conformément à la loi. Nous  nous battons pour qu’on ait le règlement intérieur. Le règlement intérieur qui régit notre Assemblée nationale date de 1991. Nous nous battons pour faire des propositions de lois. Nous nous battons absolument pour que ça marche.

 Interview réalisée par Nabilaye Diallo

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