CENI & CNT : ces révélations troublantes de Dansa Kourouma… ( Grande...

CENI & CNT : ces révélations troublantes de Dansa Kourouma… ( Grande Interview)

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Dr. Dansa Kourouma président CNOSC-G

Guinée-Conakry/ Lors d’une interview téléphonique fleuve réalisée mercredi 03 mai dernier, Dr Dansa Kourouma, le président du Conseil national des organisations de la société civile guinéenne, s’est livré comme jamais, à Guineetime.com. Lisez!
Guineetime.com : La fameuse CENI a encore repris la tête de l’actualité avec la crise qui la secoue actuellement. Une partie des commissaires a récemment signé une pétition pour destituer le président de la CENI Bakary Fofana. En votre qualité de président du CNOSC-G, comment avez-vous perçu cette actualité?
Dansa Kourouma : Ce qui est tout à fait regrettable, c’est qu’au moment où l’institution est en perte de crédibilité, elle s’aventure dans les crises internes qui ne feront que confirmer le dédain de la classe politique sur le fonctionnement de cette institution. Moi, je ne suis pas surpris, parce que j’ai toujours fait remarquer que la Guinée a une crise institutionnelle. La CENI n’est que la face visible de l’Iceberg. Mais avant la CENI, la HAC (Haute Autorité de la Communication) était en crise. Avant la HAC, c’est l’INDH (Institution nationale des droits humains) était en crise. La cour constitutionnelle elle-même était en crise. Donc, tant qu’on ne redéfinit pas les conditions de désignation des membres devant composer ces institutions de la République, si ces institutions sont recomposées en tenant compte des intérêts politiques immédiats, mais ce ne sont pas des institutions qui ont une mission régalienne républicaine de renforcer et consolider la démocratie et l’Etat de droit, elles seront toujours en crise. Donc, le cas de la CENI , nous nous n’avons pas à nous immiscer dans le fonctionnement interne d’une institution indépendante. Nous demandons à la CENI de faire respecter les dispositions de la loi 016, mais également le règlement intérieur de la CENI.
Et toute initiative qui est de nature à défier doit respecter les dispositions du règlement intérieur de la CENI. D’ailleurs, on n’a pas besoin de ça actuellement. Parce qu’il y a un avant-projet de loi qui sera soumis à l’Assemblée nationale. Donc, il ne faut pas se donner en spectacle. Nous leur demandons d’observer le calme. Parce que nous, notre vocation fondamentale, c’est de faire en sorte que les élections locales aient lieu à la date indiquée. Pour le moment, tout acte qui peut compromettre cet agenda est à botter à la touche.
Justement, en parlant du choix des personnalités devant composer cette CENI, êtes-vous d’avis avec ceux qui estiment qu’il faille mettre en place une CENI plutôt technique dans les conditions actuelles de crises politiques à répétition?
La CENI serait une solution, pas mal. Mais le problème de fond des institutions est global : C’est le manque d’indépendance intellectuelle de la part des personnes qui composent ces institutions, d’une manière globale. A l’exception de quelques-unes qui ont la grandeur de s’affranchir de ces affiliations et influences politico-ethniques. Même si vous mettez en place une CENI technique, si les conditions de désignation ne sont pas transparentes et indépendantes, les mêmes causes reproduiront les mêmes effets. La deuxième chose, c’est le comportement des autorités de ce pays face aux institutions. Les velléités d’inféodation des institutions et les velléités de leur fragilisation orchestrée et sciemment pour éviter que chacun puisse jouer son rôle efficacement dans ce pays. Pour moi, le travail de fond consistera à choisir selon les règles édictées par la loi qui a fondé l’organisation. D’abord, on ne respecte pas en désignant les gens. Parfois, les critères d’âge et de compétence ne sont pas respectés. Chacun désigne, y compris la classe politique, la personne qui pense être capable de lui être loyale. Et pourtant, ce n’est pas la loyauté vis-à-vis de l’entité qui t’a désigné, c’est la loyauté vis-à-vis de la nation. Alors, tant que ce paradoxe n’est pas régulé, on va changer de tête, changer d’institution, on se retrouvera face à  une situation de fragilité institutionnelle. C’est un problème, du point de vue personnel du manque d’indépendance intellectuelle, mais c’est un point de vue sur le plan politique, parce que les entités qui désignent ne sont pas soucieuses de la qualité du travail qui est rendu. Mais, elles désignent des soldats qui sont censés les défendre, vaille que vaille . Même par les moyens immoraux.
En vous entendant parler Dr Dansa, on a comme l’impression que la responsabilité première de la crise qui secoue actuellement la CENI incombe et au pouvoir et à l’opposition. En somme la classe politique dans son ensemble. Si c’est le cas, à quel saint se vouer, alors?
On doit s’en tenir cette fois-ci à un débat plus ouvert autour de la nouvelle configuration de la CENI. Il doit y en avoir, parce que si on doit organiser les élections dans les meilleurs délais, il faut être prudent par rapport à ces choses à l’intérieur de la Commission électorale. La deuxième chose que je voulais vous faire observer, lorsqu’au CNT (conseil national de la transition) on a voulu faire doter de la Guinée d’une CENI technique, c’est la classe politique qui s’est rebellée et est montée au créneau. Il n’y a pas ce qu’elle n’a pas dit. On était dans une transition, notre rôle était de finir avec l’état d’inconstitutionnalité pour rentrer dans une normalité constitutionnelle.
Il fallait en finir avec la transition, et tant pis pour les conséquences négatives qui en résulteraient
Non. La première mission, les Guinéens en avaient marre de cette transition, le régime militaire…Le législateur doit respecter la volonté des citoyens. Si les citoyens sont fatigués, vous vous mettez dans des réformes difficiles et colossales, vous serez en contradiction avec le peuple. C’est pourquoi ce ne sont pas les agents de la transition qui se sont trompés, mais c’est le peuple qui s’est trompé. J’ai le regret et le remord de n’avoir pas été capable alors de doter  la Guinée d’une CENI technique. J’étais dans une minorité qui ne me permettait pas d’influencer les choses. Mais ma volonté était de faire une réforme pour tout le monde, connaissant le processus électoral en Afrique et dans le monde. Etant le Guinéen qui siège dans l’entité mondiale de la surveillance électorale et la gouvernance. Donc, je connais parfaitement les difficultés des institutions, et une CENI qu’il faut en fonction du contexte politique du pays. Mais hélas ! La passion l’a emporté sur la raison lors de la réforme. Donc, c’est pourquoi une fois encore, on est en train de gérer les conséquences de ce manque de rigueur pendant la période de transition.
Voilà, Dr Kourouma on va revenir un peu sur la question du CNT . Vous y étiez un des membres très actifs. Selon certaines indiscrétions, même l’inversion de l’ordre des élections, c’est-à-dire, mettre les élections présidentielles devant celles législatives, aurait été dictée par la même classe politique. Qu’en savez-vous ?
Quand vous dites ‘’dictée’’, c’est un peu trop facile, imposée par la classe politique. Il y a même des acteurs politiques qui ont brandi la menace de guerre civile, au cas où l’on ne respectait leurs volontés. C’est pour vous dire une fois encore que tout s’est passé à Ouaga (Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, Ndlr). Il y avait la société civile qui voulait un processus électoral normal. C’est-à-dire , on commence par les Législatives et on termine par la présidentielle. Pour permettre à la Guinée de renouer avec une stabilité institutionnelle normale. Mais hélas, cette classe politique était pressée d’occuper la tête de la magistrature du pays s’est opposée et imposé pour éviter un processus électoral normal.
Mais qu’à cela ne tienne, la Guinée est victime d’abord de sa classe politique. Ensuite l’immaturité de sa population.
Dr Dansa Kourouma, est une sorte de pont entre la classe politique et le pouvoir en place, somme toute les gouvernants et gouvernés. Dites-nous concrètement, quelle va être la position ou la contribution de la société civile dans le changement de paradigme actuel de la CENI ?
Vous savez, nous sommes dans un pays où dès que vous soulevez une question, on commence à vous attaquer, en disant que vous êtes intéressés. Nous sommes un pays où on ne fait pas des débats sur la nation. On est obligé de faire les débats sur les individus. Sinon, la société civile a déjà marqué sa position par rapport à cette CENI. Nous avons dit, vu le contexte politique de la Guinée, on ne peut pas être juge et partie. Et la CENI guinéenne est composée hélas à 90% de politiciens. La CENI est composée de 25 commissaires dont 22 sont politiques. C’est 20 des partis politiques directement et 2 de l’Administration du territoire. Les cadres de l’Administration du territoire ne sont-ils pas politiques ? Alors, donc il n’y a pas que trois commissaires de la société civile. Et repartis comment ? Un du Barreau, un des syndicats, et un des organisations de la société civile. Vous convenez avec moi que quand j’entends les gens spéculer, si les décisions de la CENI se prennent à la majorité des deux tiers, alors qui commande la CENI en ce moment ? Est-ce que ce sont les deux tiers (des membres) ou les trois (commissaires) de la société civile ? Donc, la question de fond n’est pas une question de personne. C’est une question d’identité politique, de stabilité de l’institution. Et cette stabilité là, on ne peut l’obtenir qu’en débarrassant de la CENI des influences, des antagonismes politiques. Si nous réussissons à le faire dans un processus normal, pas imposé par la rue, mais dans un processus de débat normal, où l’Assemblée nationale sera à l’écoute des forces vives de la nation, un processus de consultation de ce genre va nous permettre de regler définitivement la question de la CENI. Mais aussi les autres questions institutionnelles. La CENi n’est pas la seule institution guinéenne en crise.
Mais c’est la CENI qui est tout de même au centre de l’opération d’organisation des élections et autres référendums en Guinée ?
Attention, il ne faut pas qu’on déplace les choses. L’organisation des élections n’incombe seulement à la seule CENI. La cour constitutionnelle a un rôle à jouer, la cour des comptes a un rôle à jouer. La HAC a un rôle à jouer et l’INDH a également un rôle à jouer.
Mais en amont, c’est la CENI qui est maître-d’œuvre.
En amont et en aval !! Vous parlez à un expert électoral mon cher. Les élections sont supervisées par la justice, selon la loi. Et l’institution qui l’incarne, c’est la cour constitutionnelle qui doit envoyer les magistrats. Pour contrôler le processus de comptage des voix. C’est-à-dire la centralisation des résultats. Et le partage, la régulation des médias, ce n’est pas la HAC ? Donc, ça se fait en amont et en aval. Donc, c’est pour vous dire qu’on ne peut pas avoir une élection propre en Guinée, tant qu’on ne travaille pas sur la stabilité des institutions, sur leur indépendance, leur autonomie. Et l’indépendance intellectuelle des membres qui composent ces institutions. Le débat est lancé, nous avons lancé une assise le 30 décembre passé au Palais du peuple. Au cours de laquelle assise nous avons allumé un projecteur sur les institutions de la République. Il y a un diagnostic exhaustif qui est fait et qui sera publié les jours à venir. Ce diagnostic permettra à la Guinée, pas de regarder seulement institution par institution, ou personne par personne, mais regarder d’une manière systémique sur la manière dont nos institutions évoluent.
Le vrai problème, cette interview là ça me tient à cœur, parce que j’ai dit des choses que je n’ai jamais dites dans un autre médias.
Oui, ça c’est à cœur ouvert, vraiment!!!
Le problème essentiel des institutions en Guinée, je vais vous le dire, parce qu’elles ne sont pas mises en place pour servir la République. Elles sont mises en places pour servir les causes politiques conjoncturelles. C’est pour régler les problèmes passagers et non le fond du problème. C’est pourquoi, elles sont mises soit pour des hommes ou pour des systèmes ou par l’imposition d’une frange partie de la classe politique ou encore de la population. C’est pourquoi elles ne fonctionneront jamais comme nous le voulons dans la durée. Donc, on est contradictoire, parce qu’on impose des institutions et puis on leur demande des résultats d’institutions dans la durée. C’est ça la contradiction la contradiction de notre classe politique guinéenne.
En définitive, quel appel pouvez-vous lancer aux deux courants politiques du pays et à l’ensemble des institutions de la République?
Je demande à l’Assemblée nationale de ne pas s’enfermer dans une tour d’ivoire pour voter les lois. Quand il y a des lois qui engagent l’avenir du pays, la stabilité nationale, on doit organiser un forum public regroupant toutes les forces vives de la nation, les gens qui ont une compétence, de l’expérience. Cette consultation doit permettre à différentes entités représentatives, qui ont une expertise dans le domaine de venir devant les députés pour donner leur point de vue. Surtout si c’est une proposition des lois. C’est très important, ce débat. Le débat tel qu’on l’a fait sur la commission nationale de réconciliation, on doit faire le même débat sur la CENI. Il ne faut pas prendre les individus pour des boucs émissaires, et pourtant ils sont victimes d’un système qui les a façonnés. Je demande à la population de dépolitiser le débat. les questions qui sont liées à l’avenir du pays n’ont pas de couleur politique Parce que les partis politiques passent, l’Etat reste et le peuple demeure. Donc, on ne doit pas politiser ou ethniciser le débat. C’est pourquoi je crois à certains qui pensent que ‘’chaque peuple a la classe politique qu’il mérite’’. Parce que c’est nous même qui animons ces formations politiques. Donc, aujourd’hui, on a besoin d’une normalité au niveau de la CENI pour permettre d’organiser, si l’on veut, les élections rapidement. Et engager un processus de réforme qui tienne compte d’une évaluation objective de la commission électorale. Le rapport de cette évaluation peut nous aider à mener les réformes qui cadrent avec le besoin de la population guinéenne. Pour moi, ce n’est pas un camp politique qui doit imposer une reforme. Ce n’est pas non plus un état major , encore moins le pouvoir qui doit imposer les réformes. ça doit être un consensus national lors d’un débat d’expert autour des différentes vicissitudes qu’on a connues lors des élections. C’est la chose la plus pertinente qu’on doit pouvoir partager. Parce que la Guinée en a besoin.
Interview réalisée par Nabilaye Diallo

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