Anglais à l’Université : « Il ne faut pas faire dans l’improvisation’’, estime...

Anglais à l’Université : « Il ne faut pas faire dans l’improvisation’’, estime Salifou Sylla.

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Salifou Sylla Prof d’Université

Les autorités de l’éducation guinéenne envisagent d’introduire l’Anglais dans l’enseignement supérieur. L’annonce a été faite mardi 02 mai dans le journal parlé de la télévision nationale.

Salifou Sylla, professeur d’université, chargé des cours de Droit public à l’Université de Sonfonia-Conakry, estime  ne pas faire dans l’improvisation au sujet des réformes à mener dans le système éducatif guinéen.

« Je veux comprendre : ils introduisent l’Anglais de quelle manière ? (…) Combien de personnes comprennent l’Anglais ici ? Est-ce qu’on fait l’Anglais correctement même dans le système scolaire, primaire et secondaire, avant d’arriver à l’Université ? » nous a-t-il interrogé inlassablement lors d’un entretien, ce mercredi 03 mai.
Et Pr Sylla de détailler : « Parce qu’il ne faut pas faire des choses simplement, parce que ça vous passe par la tête.
Moi, je pense que vous ne pouvez pas de bic en blanc introduire l’Anglais dans l’enseignement supérieur ; d’abord dans quel département ?’’, réinterroge-t-il. Avant d’expliquer : « Premièrement, Si c’est pour tous les départements, il y a très peu d’élèves qui comprennent l’Anglais, qui font correctement l’Anglais dans le secondaire même. Je ne dis même pas le primaire. Il y a des écoles privilégiées qui enseignent l’Anglais, ça c’est des cas exceptionnels. Des écoles privées. Alors, si brusquement, les gens arrivent après le BAC dans l’enseignement supérieur, vous dites :’’on introduit l’Anglais’’, des gens qui n’ont jamais fait l’Anglais, qu’est-ce qu’ils vont faire ? Dans quelle matière vous allez enseigner en Anglais ? Qu’est-ce qu’ils vont comprendre? », se demande l’ancien ministre de la Justice.
Pour lui, « il ne faut pas faire du mimétisme, dire simplement parce que les autres ont fait l’Anglais, nous aussi, nous allons le faire. Ce n’est pas ça! ».
«Pour beaucoup, le système LMD (Licence Master Doctorat) en demande énormément. Parce que c’est un système Anglo-saxonne. La décision serait motivée par ça», lui-a-t-on ainsi fait remarqué.
Et d’jouter à nouveau, interrogatif : « Quand on veut faire le système LDM, vous pouvez le faire en français, non ?
Vous êtes obligés de parler l’Anglais ? Ce n’est pas parce que LMD, on a pris l’exemple sur certains pays anglophones, comme le Canada particulièrement ; on dit simplement parce qu’eux, ils font l’Anglais. Mais les canadiens sont bilingues depuis la naissance. Alors, vous voulez introduire tout simplement parce que vous voulez imiter les gens ? Même si vous ne remplissez pas les conditions pour le faire? Parce que je veux qu’on m’explique, dans quelles conditions, comment on va le faire?», multiplie-t-il des questions.

Et de suggérer aux autorités guinéennes de se garder de faire de l’improvisation. Il s’en explique : « Quand on introduit les choses, il faut les étudier scientifiquement. Et comme vous le faites pour l’intérêt des étudiants, assurez-vous que ces étudiants peuvent  comprendre le mécanisme, peuvent répondre.
Ce n’est pas simplement que parce que vous vous êtes levés, vous dites LMD, alors il faut qu’on étudie en Anglais et en Français. Est-ce que les élèves guinéens maîtrisent l’Anglais ? Est-ce que l’Anglais est correctement enseigné dans le secondaire dans ce pays. Combien de professeurs d’Anglais vous avez dans ce pays ?», demande-t-il, sans discontinuer.
Avant de préciser que pour ce faire, il y a un travail à faire en amont. ‘’Même en France, à part quelques écoles, on enseigne en Anglais et en Français. Encore c’est là-bas que les élèves font très bien l’Anglais dans le secondaire. LMD même, vous savez que ça n’a pas bien réussi (en Guinée). Si vous voulez faire LMD, il faudrait que vous ayez des structures de recherches, des bibliothèques. Je ne dis pas simplement de faire la recherche sur internet. C’est des ouvrages, des bibliothèques bien faites. Parce que LMD, ça suppose que LMD, ça suppose que l’élève va être le principal artisan de sa propre formation. Le Professeur sera là essentiellement pour guider. Mais, j’enseigne parfois en Master. Je sais que les étudiants comprennent difficilement le Français déjà. Quand il m’arrive de présider des soutenances de mémoires, vous allez voir que ceux qui se présentent pour le mémoire ne savent même pas bien parler français. Alors, il ne faut faire les choses n’importe comment!», tempête-t-il in fine.

Entretien réalisé par Nabilaye

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