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Guinée : Le régime Alpha Condé vu par l’ancien ministre Ibrahima Soumah (Modifié)

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Ibrahima Soumah est ancien ministre des Mines

Conakry, Guinée – Ibrahima Soumah, ancien ministre des Mines et de la Géologie, est très  apprécie pour sa profonde connaissance du secteur des mines et celles de son pays en particulier, la Guinée. Guinéetime l’a récemment rencontré pour évoquer le bilan de la gouvernance Condé. Entretien à bâtons rompus

Ibrahima Soumah
« Ce qui a marché dans la gouvernance actuelle, Et il y a l’unanimité là-dessus c’est Kaléta  qui fournit non seulement en continu, mais une qualité quand même appréciable de courant. Quelles que soient les conditions dans lesquelles cela a été réalisé, conditions financières et autres, on a au moins cet acquis qu’il faudra capitaliser et bien entretenir.

«FRIGUIA, la seule usine d’alumine sur le continent africain »

C’est un acquis à l’actif du gouvernement et du chef de l’Etat (-Pr Alpha Condé,ndlr-). Parce qu’il fallait quand même prendre des décisions plus ou moins courageuses. C’est vrai qu’il avait bénéficié d’une recette exceptionnelle de 700 millions de dollars, qui lui a permis d’engager Exim Bank de Chine à financer à titre de prêt  les 75% du coût du projet, les 25% étant payés par la Guinée. Il fallait trouver cet argent. C’est là qu’on peut vraiment parler d’action positive.

Maintenant, sur d’autres plans je ne suis pas sûr qu’on puisse dire la même chose. Prenons les mines que je connais plus au moins, nous avons toujours Friguia qui n’est pas repartie. Pour la seule usine d’alumine sur le continent africain. Puisque, vous les journalistes, vous dites toujours la première usine d’alumine sur le continent africain. Mais ce n’est pas la première, c’est la seule. A oui, c’est la seule ! Vous vous rendez compte ! Quand vous avez un outil de cette importance, il ne faut pas s’amuser avec. Il faut s’organiser pour que ça continue à fonctionner, vraiment qu’on puisse l’améliorer. Ça c’est une honte. J’espère avec les annonces qui ont été faites, RUSAL reviendra à des bons sentiments pour reprendre cette usine.

Mais il faut attendre pour voir. Toujours au niveau du secteur minier, il y a beaucoup d’activités dans le domaine de la bauxite. C’est une très bonne chose également. Je crois que la Guinée va devenir premier producteur et exportateur au monde, devant l’Australie.

Elle était en deuxième position. Toutefois, le fait que la Guinée continue à exporter la bauxite brute n’est pas recommandable en attendant, car il n’y a pas de valeurs ajoutées. Bien sûr que l’Etat peut encaisser un peut d’argent.

A Fria, il y a  l’alumine mais plus tard avec des solutions énergétiques, on aura de l’aluminium…. Alors maintenant on a deux grandes exploitations de bauxite, CBK et CBG… Donc, l’idéal est que toute nouvelle société transforme la bauxite en alumine. Si ce n’est pas le cas, quelques soient leurs performances techniques par ailleurs.

«Le cas de RIO TINTO »

Deux autres éléments sur le secteur minier, puisque c’est un secteur quand même sur lequel les Guinéens comptent beaucoup, vous avez dû entendre parler du Rapport des données de l’ITIE de 2014 qui indique que l’apport des sociétés minières à la Guinée a été de 285 millions de dollars en 2014.  Surtout avec la CBG qui contribue pour plus de la moitié de ce montant. Ce qui est une performance qu’il faut maintenir ou améliorer. Donc, ça veut dire que ce secteur est important, et on apprécie l’arrivée d’un jeune ministre qui se bat de ce côté.

Nous, à chaque fois qu’on est sollicité, on vient donner un avis. Nous regrettons simplement que les mines, traitent à mille niveaux. Donc, finalement quand ça dérape il n’y pas de responsable. Donc, il faut concentrer à un seul endroit et rendre responsable cet endroit. Par exemple, c’est le cas de Rio Tinto.

Ce qui s’est passé, on connait des atermoiements de Rio Tinto, l’hésitation et tout ça. Mais c’est à nous la Guinée de faire en sorte que les multinationales qui viennent vers nous qu’on puisse les garder et travailler avec elles dans l’intérêt de tout le monde. Quelque soit les raisons évoquées, ça laisse quand même un goût amer. Chinalco va venir après, c’est normal parce qu’il y était déjà et heureusement d’ailleurs ! Mais tout autre qui viendra, va poser la question de savoir pourquoi Rio Tinto est parti? Donc, finalement, on a beau multiplier les arguments, c’est regrettable.

«Le pauvre ministère des Mines n’a pas les mains libres »

Le dernier élément sur le secteur minier, c’est la question de l’artisanat. Vous avez tout ce bruit à Siguiri et Dinguiraye là où il y a l’exploitation artisanale de l’or. Il y a une destruction de la nature dans les zones de prédilection agricole, touristique et tout ce que la nature a donné au pays, on abandonne ses responsabilités et  tout le monde fait le désordre là-dedans. Il faut prendre le courage d’arrêter ça.
Dans un livre que j’ai écrit sur les mines de Guinée, j’explique que l’activité minière part  du Moyen Age, sous  l’Empire du Mali avec Kankou Moussa exploitait les mines d’or de Bouré dans un ordre social et écologique parfait. Mais maintenant, c’est une catastrophe comme si on était à Haïti. Il y a du désordre constaté qui a  pour origine les mêmes raisons, c’est que les questions minières se traitent à mille endroits. Le pauvre ministère des Mines n’a pas les mains libres pour prendre les décisions et aller de l’avant. Sinon, on ne doit pas tolérer ce qui se passe là-bas. Ça c’est du côté minier.

«L’inflation réelle »

Sur le plan économique, l’Agriculture c’est la meilleure richesse du pays. C’est dommage que tout le monde oublie l’Agriculture, sauf quand il s’agit des discours du chef de l’Etat. Moi, je suis d’une région en Guinée, Coyah qui est connue pour la culture de la banane qui a fait la richesse de la Guinée à l’époque coloniale.
Maintenant on parle de l’anacardier. C’est bon tout ça, mais pourquoi chercher midi dans quatorze heures ? Je veux bien que l’anacarde remplace la bauxite mais à l’époque coloniale, c’est la banane, le palmier qui remplaçait les mines. C’est bien après que quand Fria a été créé que les mines ont pris les devants. Sinon c’était de la banane, le  palmiste, le café. Si vous produisez un million de tonnes de bananes, ça vous fait comme revenu un milliard de dollars pour les paysans. Pas pour l’Administration. C’est ce qui fait la vraie valeur pour lutter contre la pauvreté.
Mais pour les mines dont les taxes passent aux Finances, au Trésor et à la Banque Centrale avant que ça n’arrive aux communautés, laissez-moi vous dire que les Guinéens sont très forts pour se servir en premier lieu.
Donc, c’est à l’Agriculture, vraiment qu’on attendait le Président de la République.

Il y a beaucoup de discours. Si vous prenez le riz, on dit qu’on a produit plusieurs millions de tonnes, mais allez au port de Conakry, si vous êtes en voiture, vous ne pouvez pas circuler. Parce que ce sont des camions de riz qui y circulent en longueur de journée. Alors, le jour où ce sera l’inverse, on pourra croire à tout ce qu’on dit là dessus.
Mais nous toujours sur l’économie, l’inflation réelle, n’est pas celle qui est calculée à la Banque Centrale, c’est quand les gens vont au marché à Madina qu’ils connaissent la vérité.

«Tout le monde est devenu fou en Guinée »

Pour terminer, moi je ne suis pas pessimiste. Je pense qu’on a encore la possibilité de se rattraper dans la gouvernance et surtout la première priorité sur laquelle il faut se concentrer, ce n’est ni l’Agriculture dont je viens de parler, ni les Mines, bien sûr pour que tout le monde devienne fou en Guinée, surtout qu’il n’y a pas de pétrole encore.
L’accent doit être mis sur l’éducation sans laquelle je ne vois pas d’ouverture ni de visibilité. Quand je dis éducation, c’est depuis la maternelle en passant par l’école élémentaire jusqu’à l’université. Et pis, tant qu’on ne met de l’ordre dans ça, on va tourner en rond en disant toujours que la faute ce sont les uns et les autres, c’est une excuse. Il faut se concentrer sur l’éducation, c’est le point de départ.

J’ai dit au président Alpha Condé que je rencontre de temps à autre, qu’il aurait dû consacrer son premier quinquennat à l’Education. Et c’est les gens bien éduqués qui vont réaliser le changement à tout moment. Sans l’éducation, la formation à tous les niveaux, on continuera à se plaindre et trouver des boucs émissaires jusqu’à ce qu’on soit rattrapés par les mauvais résultats.

Propos recueillis par Naby Laye

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